• En faisant cet exposé, destiné
surtout aux parents d’enfants surdoués, je n’avais pas l’ambition
d'apporter des réponses spécifiques aux problèmes
particuliers et contextuels qu’ils se posent concernant leurs enfants,
ce qui relève davantage d'un entretien psychologique individuel,
mais plutôt de proposer une réflexion générale
et d'ouvrir ensuite un débat.
• Le compte-rendu qui suit ne reflète
que partiellement le contenu de l'exposé lui-même, tout au
long duquel je me suis notamment appuyé sur des exemples concrets,
tirés de ma pratique professionnelle.
• La science n’a pas dit son dernier mot,
loin s’en faut, sur les questions relatives à la cognition humaine.
Les considérations idéologiques supplantent trop souvent
les réflexions scientifiquement fondées, y compris chez les
« défenseurs » du QI et de la surdouance. Je sais parfaitement
bien qu’en prenant fait et cause pour la reconnaissance et la défense
des enfants surdoués je tombe partiellement dans le piège
idéologique que je dénonce. Le militantisme fait rarement
bon ménage avec la science. La « réalité »
est difficile à modéliser en sciences humaines ; les généralisations
propres au discours scientifique (modéliser, c’est en effet généraliser)
s’avèrent facilement abusives. Considérez donc les assertions
qui suivent avec les nuances qui s’imposent…
Pourquoi l'école
actuelle est-elle inadaptée aux enfants intellectuellement précoces?
L'ennui
• Les programmes scolaires sont conçus
en fonction du rythme d'apprentissage moyen des élèves.
• Or, dès leur entrée en
première primaire, les enfants surdoués ont, intellectuellement
s’entend, au moins un an et demi d'avance par rapport aux enfants d'intelligence
moyenne.
• Ils sont dans une situation plus ou
moins comparable à celle d'un enfant d'intelligence moyenne qui
serait contraint de suivre un enseignement dans une école fréquentée
par des déficients mentaux !
• L’hétérogénéité
croissante des classes, due à une série de mesures politiques
récentes (cabinet Onckelinckx) visant à retarder, voire éliminer,
toute forme de sélection (interdiction de redoublement avant la
fin de la deuxième primaire, passage automatique de la première
à la deuxième secondaire, etc.), aggrave encore le décalage
que vit l’enfant surdoué.
• Selon Jean-Charles Terrassier, spécialiste
français des enfants surdoués, on assiste ainsi à
une augmentation artificielle du nombre d’élèves surdoués!
• Des propos qui précèdent,
il ne faudrait pas conclure de façon hâtive que le redoublement
est à mes yeux une mesure nécessaire et efficace. Mais sa
suppression, sans autre forme de procès, nous fait tomber de Charybde
en Scylla !
La dyssynchronie intellectuelle
(au sens de Jean-Charles Terrassier)
• L'école, organisée en
classes d'âge est adaptée à un enfant purement virtuel
qui serait moyen dans tous les secteurs (mathématiques, orthographe,
raisonnement verbal ou logico-mathématique, capacités d’attention
etc.)
• Or, les enfants surdoués polyvalents
sont l'exception plutôt que la règle. Pourquoi un élève
très doué en mathématiques, par exemple, devrait-il
être freiné dans sa progression au sein de sa branche de prédilection
sous prétexte qu'il a moins de facilités en orthographe ou
que son écriture ne correspond qu’à son âge chronologique
?
• Le regroupement des enfants surdoués
dans des classes spéciales ne résout que partiellement ce
problème.
Pédagogie inadaptée
• Si les enfants " légèrement
" surdoués (QI +/- 130 – Perc.+/- 98) s’accommodent parfois de solutions
consistant à accélérer ou renforcer le programme (saut
de classe, choix d'une école élitiste, par exemple) il en
va différemment des enfants modérément (QI +/-145
– Perc. +/- 99.9) et surtout sévèrement (QI > 160/170 – Perc.>
99.99) surdoués qui sont qualitativement trop différents
des enfants ordinaires, même motivés et travaillant beaucoup.
• L'approche artificiellement encyclopédique
des écoles élitistes, la quantité de matière
prévalant sur l'intégration des connaissances (« tête
bien pleine ») et le caractère trop dirigiste et conformiste
de leur " pédagogie " (discours magistral, rôle passif de
l'élève) ne parviennent pas à satisfaire la curiosité
intellectuelle propre au surdoué.
• Les écoles à pédagogie
dite « nouvelle » (Montessori,Freinet, Decroly) sont en ce
sens plus adaptées puisque les élèves y sont considérés
comme acteurs plutôt que comme spectateurs des apprentissages. Par
ailleurs, l'importance que ces écoles accordent à l'intégration
des connaissances (« tête bien faite ») convient bien
à l'approche cognitive de l’élève surdoué.
Malheureusement les connaissances proprement dites (connaissances déclaratives
telles que définies en psychologie cognitive) y occupent souvent
une place vraiment trop réduite. L’enfant n'est pas suffisamment
entraîné à mémoriser.
Difficultés d’intégration
• L'enfant surdoué a des difficultés
à communiquer avec les enfants de son âge parce qu'il ne partage
pas leurs centres d'intérêts. Et s’il les partage, il les
aborde de manière qualitativement différente.
• Philippe Gouillou, autre spécialiste
français des enfants surdoués, dit à ce sujet, reprenant
un concept utilisé en P.N.L., que l’enfant intellectuellement précoce
est dans l’incapacité de réussir ses « tests de similarité
» avec les enfants de son âge.
• Afin d’établir coûte que
coûte un contact avec leurs pairs, certains enfants essayent d’adopter
les comportements les plus normalisés possibles . Ils jouent en
quelque sorte un rôle de composition en « singeant »
les autres. La personnalité ainsi construite se révèle
tellement artificielle qu’elle est rapidement démasquée par
les autres enfants d’où, isolement progressif; risques de phobie
scolaire, de dépression, voire de suicide.
Mauvaises habitudes de travail
En référence à la
théorie de Piaget concernant l’adaptation, on peut considérer
que l'enfant surdoué est doté de telles capacités
d'assimilation que les schèmes d’accommodation sont insuffisamment
mis à contribution. Il n'apprend pas à travailler, à
se dépasser, à faire preuve de persévérance.
Dès lors, la moindre
" vraie " difficulté le déconcerte,
voire l'angoisse. Il abandonne parfois prématurément une
tâche dont la solution ne lui apparaît pas de façon
immédiate. Dans l’enseignement secondaire (surtout à partir
de la troisième année) il peut être confronté
à des difficultés d’apprentissage et de mémorisation
lorsque les matières deviennent plus complexes !
Que faire ?
• Le principe général à
suivre est identique à celui qui devrait prévaloir à
l’éducation de tout enfant : lui assurer un épanouissement
intellectuel et socio-affectif optimal.
• Il est donc nécessaire de veiller
à ce que l'enfant :
- puisse progresser à son rythme,
nécessairement différencié selon les secteurs puisque,
comme je l’ai dit plus haut, la précocité polyvalente est
l'exception
- ait la possibilité de réussir
ses tests de similarité avec d'autres enfants
• En Belgique il n’existe malheureusement
pas de structure scolaire adaptée aux enfants surdoués. Le
« syndrome » de la précocité intellectuelle est
en effet superbement ignoré dans notre pays . Le décret «
Onckelinckx » du 31/5/1999 (ce fut le cadeau d’adieu de notre ministre
de l’éducation !) modifiant la réglementation relative aux
jurys de la communauté française compétents pour l'enseignement
secondaire, m’a ôté l’une des rares possibilités d'orientation
qui restait à ma disposition pour ces enfants, à savoir,
l’admission anticipée aux examens du jury (l’autre possibilité
est le saut de classe, en primaire, du moins). En effet, ce décret
interdit (aucune dérogation n’est prévue), à tout
élève suivant des cours par correspondance (auxquels les
surdoués ont souvent recours) de terminer ses humanités avec
plus d’un an d’avance. Il s’agit d’une mesure très injuste si l’on
sait que le taux de réussite des enfants admis précocement
à ces examens est très supérieur à la moyenne
!
Echec scolaire chez
l’enfant surdoué
Contrairement à une opinion répandue
parmi le grand public, les enfants surdoués rencontrent parfois
de graves difficultés scolaires. Parmi les raisons qui expliquent
l’échec, citons les causes d’origine :
- Conative : démotivation due à
l’ennui ;
- Socio-affective : inhibitions liées
à l’impossibilité de nouer des contacts enrichissants avec
ses pairs. Or l’équilibre affectif favorise l’investissement intellectuel.
;
- Cognitive : consécutives à
la dyssynchronie intellectuelle. Ces dernières passent très
souvent inaperçues à l’école primaire parce que l’enfant
camoufle, grâce à son potentiel élevé, certaines
difficultés plus ou moins spécifiques, par ex. :
- Syndrome ADHD (ou « hyperkinésie
») : caractérisé par des troubles intensifs de l’attention
sélective souvent associés à une instabilité
motrice excessive. ;
- Dyslexie : difficultés sévères
en lecture liées à l’impossibilité d’automatiser les
processus de décodage (des graphèmes en phonèmes).
La lecture à voix haute de l’enfant dyslexique est, si on la compare
à celle des normolecteurs du même âge, trop lente, hachée
et fautive. La dyslexie peut passer longtemps inaperçue chez l’enfant
surdoué parce que ses capacités de compréhension suppléent
partiellement aux difficultés de décodage.
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