Je vous présente ici, en bref,
une expérience réalisée il y a ... 26 ans.
Il est fréquent d'entendre des expressions
du genre "il faut être intelligent pour jouer aux échecs",
"le jeu d'échecs développe l'intelligence"... Tout
cela totalement vague... En 1973, en collaboration avec le département
de psychologie de l'Université Nationale du Zaïre à
Kisangani, j'entrepris une expérience dans le but d'y voir un peu
plus clair.
Il faut d'abord noter qu'on rencontre un
peu partout un enseignement FACULTATIF du jeu d'échecs dans des
écoles primaires ou secondaires. Ce caractère facultatif
rend extrêmement difficile une étude statistique non biaisée.
Dans une étape préliminaire, j'ai obtenu du gouvernement
zaïrois l'autorisation de REMPLACER, pendant une année scolaire,
dans trois classes de 4ième (je prends la dénomination belge
actuelle) d'une grande école secondaire de Kisangani, deux des sept
heures de mathématiques par semaine par deux heures de cours sur
le jeu d'échecs.
Les six classes parallèles de 4ième
de l'établissement, de 30 élèves chacune, furent divisées
en deux groupes : 3 classes constituant le groupe A, expérimental
; les 3 autres classes le groupe B, contrôle.
J'ai pu disposer des tests suivants :
Adaptation belge de la G.A.T.B. ("General
Aptitude Test Battery")
P.M.A. ("Primary mental abilities" de Thurstone)
D.A.T. ("Differential Aptitude test" de Bennet,
Seashore et Wesman")
D2 (Brieckenkamp)
Rorschach
Quelques remarques préliminaires
avant de passer à la description de l'expérimentation:
Le fait de savoir jusqu'à quel point
les tests employés étaient culturellement adaptés
à la population testée n'est pas absolument fondamental,
car le seul but était de comparer les groupes A et B.
AUCUN des élèves des deux groupes
n'avait jamais entendu parler du jeu d'échecs, ce qui est bien agréable
pour éliminer les facteurs parasites.
Idéalement, il aurait été
utile de disposer d'un troisième groupe qui aurait reçu un
autre apprentissage... mais on ne peut pas tout avoir!
Les sept heures de cours hebdomadaires (maths
+ échecs pour le groupe A, maths pour le groupe B étaient
données par des professeurs francophones - en l'occurrence deux
belges pour les mathématiques et moi pour les échecs).
Phases de l'expérimentation :
En début d'année, tous les élèves
(groupes A et B) passent les différents tests . Il apparaît
que les deux groupes obtiennent des scores analogues.
Tandis que le groupe B suit normalement son
programme de maths (7 heures par semaine), le groupe A d'une part voit
le même programme en 5 heures par semaine et d'autre part reçoit
deux heures d'échecs (mercredi 11-12h et samedi 7-8h). Les cours
d'échecs comprennent, comme les autres cours, des interrogations
et examens qui comptent avec un coefficient 2/7 des mathématiques
(les mathématiques comptant pour 5/7 du coefficient total).
En fin d'année, tous les élèves
des deux groupes passent à nouveau les différents tests.
Les élèves du groupe expérimental passent en plus
un examen pour mesurer leur niveau atteint au jeu d'échecs. Les
questions de cet examen furent en grande partie rédigées
par le Docteur Max EUWE, ancien champion du monde du jeu d'échecs
et Président de la Fédération Internationale du Jeu
d'Echecs. Le "verdict" tombe : parmi les aptitudes testées, deux
présentent maintenant des différences significatives en faveur
du groupe expérimental : l'aptitude arithmétique, à
un seuil de .05 et la "logique verbale" (mesurée le plus souvent
par l'identification de synonymes ou antonymes) à .01. Ces constatations
originales ont répondu aux questions qui se posaient avant l'expérimentation.
Pourquoi la logique verbale?... la question reste ouverte.
L'expérimentation a permis aussi de
répondre à des questions permettant de déterminer,
en fonction de résultats à des tests d'aptitude, l'habileté
à développer la performance aux échecs... cela sort
du cadre de ce résumé.
Les élèves des deux groupes
furent suivis jusqu'en fin d'humanité, c'est-à-dire deux
ans après la fin de l'expérimentation. Les résultats
furent significativement meilleurs en faveur du groupe expérimental,
principalement en mathématiques et en français.
L'étude complète
(en anglais) est présentée dans le livre "CHESS AND APTITUDES",
Albert FRANK, American Chess Foundation, December 1978.
Un résumé
technique est paru sous le titre "Aptitudes et apprentissage du jeu d'échecs
au Zaïre" dans la revue "Psychopathologie Africaine", 1979, XV, 1,
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